
Cette semaine nous entamons le livre de Vayikra qui traite principalement des sacrifices. Il est écrit : « Car tout levain et tout miel, vous n’en ferez pas fumer comme offrande à Hashem ; en offrande des prémices, vous les apporterez ». Notre maître le ‘Hida explique ce verset de manière allusive en enseignant que le levain et le miel symbolisent l’orgueil. Le levain gonfle et s’élève vers le haut, tout comme l’orgueil qui pousse l’homme à se sentir supérieur, et la douceur du miel représente également une forme de satisfaction de soi. C’est pourquoi la Torah dit de ne pas les offrir à Hashem : l’orgueil est profondément incompatible avec le service divin.
Cependant, le verset ajoute que dans le cadre des « prémices », ils peuvent être apportés. Cela vient nous enseigner qu’au début du service d’Hashem, l’homme ne doit pas tomber dans une fausse humilité. Il ne doit pas se dire qu’il ne pourra jamais devenir grand en Torah ou atteindre un haut niveau de crainte d’Hashem. Au contraire, il doit utiliser une forme d’orgueil positif, une « gaava de kedoucha », en se disant qu’il peut grandir, progresser et devenir une grande personne en Torah. Sans cette ambition, il risque de se limiter lui-même et de ne jamais se construire réellement.
Dans le même esprit, le Baal Shem Tov explique que certains adoptent une apparence d’humilité, mais en réalité, cette attitude leur permet de suivre leurs désirs sans se remettre en question. Ils se disent qu’ils ne deviendront jamais de grands tsadikim, et se donnent ainsi la permission de vivre sans exigence. Cette forme d’humilité est en réalité dangereuse, car elle éloigne l’homme de son véritable potentiel et peut l’entraîner vers une chute spirituelle.
On retrouve cette idée dans la purification du lépreux – metsora, qui doit apporter à la fois du bois de cèdre, symbole de l’orgueil, et de l’hysope, symbole de l’humilité. Cela nous enseigne que le service d’Hashem nécessite un équilibre : l’humilité pour rester attaché à la vérité et à la soumission devant Hashem, mais aussi l’ambition pour avancer et se dépasser.
C’est là un principe fondamental dans la construction d’un Ben Torah. Toute croissance dépend des aspirations. Un élève qui entre à la yeshiva en pensant qu’il ne deviendra jamais un grand en Torah détruit lui-même les bases de son développement. Sans ambition, il n’y a pas de fondation, et sans fondation, il n’y a pas de construction. Comme l’a dit notre maître Rav Baroukh Ber Leïbowitz : « J’ai aspiré à devenir comme Rabbi Akiva Eiger, et je suis devenu Baroukh Ber. Mais si j’avais visé seulement Baroukh Ber, je ne serais devenu rien du tout ».
Rabbi Moshé Schneider insistait lui aussi sur ce point : chaque élève doit aspirer à devenir grand en Torah. Même sans dons exceptionnels, celui qui fait des efforts sincères mérite une aide divine qui dépasse la nature. Et même s’il n’atteint pas les plus hauts sommets, le simple fait d’avoir utilisé toutes ses capacités le rend déjà grand aux yeux d’Hashem.
C’est également un enseignement essentiel face aux épreuves du quotidien. Lorsque l’homme est tenté de perdre son temps ou de se rabaisser, il doit se rappeler sa valeur et son potentiel. Il doit se dire qu’une personne de son niveau ne peut pas se permettre de descendre dans des choses vaines, mais qu’elle est destinée à s’élever et à grandir.