
Dans la paracha, la Thora enseigne le processus de condamnation d’un coupable : « C’est sur la déposition de 2 ou 3 témoins que le coupable sera mis à mort. ».
La Guémara, dans Berakhot, explique que « les méchants, de leur vivant, sont appelés morts, comme il est dit : “Sur la déposition de 2 ou 3 témoins, le mort sera mis à mort.” Or, il est vivant ! C’est donc qu’il était déjà mort auparavant. ». On peut expliquer ainsi la Guémara qui s’interroge en effet sur l’expression « le mort sera mis à mort ». Au moment où le tribunal le condamne et où il est mis à mort, il est encore vivant. Il aurait donc été plus logique de dire : « le vivant sera mis à mort ». Nos Sages répondent que « les méchants, de leur vivant, sont appelés morts ». Cela signifie que puisqu’un homme a commis une faute passible de sanction, après avoir été averti de l’interdit et avoir malgré tout choisi de ne pas tenir compte de cet avertissement, il est devenu un racha et est déjà considéré comme mort, alors même que son corps est encore en vie.
Mais pourquoi « les méchants, de leur vivant, sont-ils appelés morts » ?
Parce que la véritable vie n’est pas la vie matérielle du corps. La véritable vie est celle de l’âme. Une existence purement physique n’est, au fond, comparable qu’à celle d’un animal. Ce qui donne véritablement sa valeur à l’existence humaine, c’est la vie de la néchama. Or, toute la vitalité de la néchama provient de la Torah et des Mitsvot. De même que la nourriture constitue l’aliment indispensable au corps, sans lequel il ne peut subsister, la Torah et les Mitsvot sont la nourriture de l’âme. Sans elles, la néchama ne peut véritablement vivre, comme l’explique le Zohar.
C’est pourquoi « les méchants, de leur vivant, sont appelés morts » : puisqu’ils sont coupés de la vie de la Torah et des Mitsvot et qu’ils ne nourrissent pas leur âme de l’aliment dont elle a besoin, ils sont véritablement considérés comme morts, car leur néchama se trouve séparée de sa source de vie, ‘à D.ieu ne plaise ‘halila.
Certes, leur corps continue de vivre. Mais cette existence physique, à elle seule, ne peut être considérée comme une véritable vie. Elle n’est guère différente de celle d’un animal, et ne constitue pas l’essentiel de l’existence humaine. La véritable vie est la vie de la néchama. Et lorsque cette vie s’éteint, l’homme peut être physiquement vivant tout en étant, dans son essence, déjà mort.
A ce sujet, notre maître le Rav Moshé Shternoukh raconte qu’au moment où son rav Rabbi Moché Schneider voulut quitter l’Allemagne pour monter en Erets Israël, les représentants de l’Agence juive refusèrent de lui accorder l’autorisation d’immigrer. Ils lui expliquèrent que les jeunes devaient bénéficier d’une priorité pour monter en Erets Israël, puisque leur vie était encore devant eux. Leur objectif, disaient-ils, était de vivre dans le pays et de contribuer à faire refleurir ses terres désolées.
Ils estimaient qu’il ne fallait pas accorder cette possibilité à des personnes âgées, dont les jours étaient proches de leur fin et dont le seul souhait serait de vivre les quelques années qui leur restaient en Erets Israël avant d’y mourir. Il leur répondit avec fermeté et vigueur que leurs paroles étaient absurdes et dénuées de tout fondement. Bien au contraire, leur dit-il : les jeunes qui, libérés de la Torah et des Mitsvot, montent en Erets Israël sont déjà morts depuis longtemps ! Car nos Sages ont enseigné : « Les méchants, de leur vivant, sont appelés morts. ». Mais nous, qui montons en Erets Israël pour résider dans le Sanctuaire divin, pour consacrer le reste de notre existence à la Torah et au service d’Hashem, nous sommes précisément ceux qui allons véritablement commencer à vivre !!!
Ainsi, la réalité est exactement à l’inverse de ce que vous prétendez : ce sont précisément les personnes âgées qui montent en Erets Israël pour y vivre véritablement, et plus encore, elles ne mourront jamais véritablement. Car les bonnes actions qu’elles accomplissent et qu’elles continueront à accomplir demeureront éternellement.
En revanche, ces jeunes qui ont choisi de vivre loin de la Torah et des Mitsvot étaient déjà morts avant même de monter en Erets Israël.. Ce ne sont donc pas des jeunes vivants que vous envoyez en Erets Israël : ce sont, au sens spirituel du terme, des « morts » que vous y envoyez !