Vaét’hanane 5786 – n°494

Moshé Rabénou implore Hashem au début de la parasha de le laisser entrer en Erets Israël. Le Midrash enseigne : « D’où savons-nous que Moshé pria, à cette occasion, 515 fois ? Car il est dit : Vaét’hanan ; or la guématria du mot ואתחנן est de 515 ».

Il apparaît ainsi que Moshé Rabbénou adressa à Hashem 515 prières afin d’obtenir le mérite de voir la terre d’Israël. Plus encore, lorsqu’il constata que ses premières supplications ne recevaient pas de réponse, il ne se découragea pas. Il continua à prier inlassablement. De son côté, il aurait poursuivi sans limite, si Hakadosh Baroukh Hou ne l’avait finalement arrêté en lui disant :

C’est dans le même esprit que nos Sages enseignent : « Si un homme voit qu’il a prié sans être exaucé, qu’il recommence à prier, comme il est dit : “Espère en Hashem, fortifie-toi, que ton cœur s’affermisse, et espère en Hashem” ».

Il convient cependant de comprendre le secret d’une telle conduite. Pourquoi insister autant dans une même prière ? À première vue, la logique voudrait que, si Hashem ne répond pas après une ou deux demandes, cela soit le signe que telle n’est pas Sa volonté. Il semblerait alors plus juste d’accepter Son décret avec soumission et de garder le silence, plutôt que de renouveler sa requête des centaines de fois. Réfléchissons un instant : lorsqu’un homme demande un service à son prochain et que celui-ci refuse, les règles élémentaires du savoir-vivre interdisent de revenir sans cesse à la charge, encore moins des centaines de fois. Pourquoi serait-il différent lorsqu’il s’agit de s’adresser à Hakadosh Baroukh Hou ? Pourquoi la Torah nous enseigne-t-elle qu’il faut continuer à implorer sans relâche ?

La réponse est que le véritable but de la téfila n’est pas seulement d’obtenir ce que l’on demande. Son essence est l’acceptation du joug de la Royauté divine.

Au moment où l’homme prie, il doit ressentir profondément qu’il n’existe aucune autre puissance en dehors de Lui, que tout dépend exclusivement de Hakadosh Baroukh Hou, et que toute délivrance ne peut venir que de Lui. C’est précisément cette prise de conscience qui le pousse à supplier Hashem de lui venir en aide. Ainsi, même lorsque l’homme constate que sa prière n’a pas encore été exaucée, Hashem désire malgré tout qu’il continue à prier, car, par cette persévérance, il renouvelle son acceptation du joug de la Royauté céleste. Et c’est précisément grâce à cette soumission que ses mérites se multiplient, jusqu’à ce qu’il devienne digne de recevoir la délivrance.

Voilà l’un des fondements les plus essentiels de la téfila : la prière n’est pas un simple moyen d’obtenir ce dont nous avons besoin ; elle est avant tout le moyen de nous attacher à Hakadosh Baroukh Hou et d’accepter pleinement Sa Royauté.

À cet égard, elle ressemble au Kriat Shéma, dont toute la finalité est justement la Kabalat Ol Malkhout Chamaïm, l’acceptation du joug de la Royauté céleste. Ce n’est qu’ensuite, comme conséquence naturelle de cette proximité avec Hashem, qu’Il comble les besoins de l’homme.

C’est également le secret de l’insistance avec laquelle nous prions pour un malade, même lorsque, humainement, toute guérison paraît impossible, voire lorsque les médecins eux-mêmes ont perdu tout espoir, à D.ieu ne plaise.

Nos Sages enseignent que « Même si une épée tranchante est posée sur le cou d’un homme, qu’il ne s’abstienne jamais de demander la miséricorde ». On ne dit jamais : « Tout est perdu, le décret est irrévocable. » Bien au contraire. Chaque prière ajoute au malade de nouveaux mérites, car ceux qui prient pour lui renouvellent leur acceptation du joug de la Royauté céleste.

Plus encore, lorsque toutes les chances de survie ont disparu selon les lois de la nature, la prière exprime une vérité fondamentale de la foi : pour le Créateur, il n’existe aucune différence entre ce que nous appelons un miracle et ce que nous appelons la nature. Tout dépend uniquement de Sa volonté. Par cette émouna elle-même, le malade peut mériter une délivrance, grâce aux nouveaux mérites qui lui sont accordés. Et si la guérison survient, le Nom d’Hashem en est sanctifié, car chacun reconnaît alors la puissance de la téfila.

Au cours d’une rencontre entre Rabbi Yé’hiel Yaakov Weinberg, auteur du Seridé Esh, et le Roch Yéchiva de Hévron Rabbi Ye’hezkel Sarna, le Rav Weinberg rapporta, au nom de l’Admour de Kotzk, une interprétation du célèbre enseignement de nos Sages : « Même si une épée tranchante est posée sur le cou d’un homme, qu’il ne désespère pas de la miséricorde ». Selon cette explication, cela ne s’appliquerait que lorsque l’épée est « posée sur le cou », mais non lorsqu’elle serait déjà « entrée dans le cou ». Autrement dit, lorsqu’un malade est arrivé à un stade où les médecins ont complètement renoncé à le sauver, il ne faudrait plus prier pour sa guérison. Le Rav Ye’hezkel Sarna répondit avec vigueur qu’une telle idée relevait de l’apikorsout et de la négation de la foi. Il est inconcevable que l’Admour ait jamais prononcé de telles paroles. Il faut prier pour tout malade, même lorsque les médecins ont abandonné tout espoir.

En effet, bien que, selon les lois de la nature, la situation paraisse désespérée, la téfila est précisément l’expression de la Kabalat Ol Malkhout Chamaïm : reconnaître que tout dépend exclusivement de la volonté d’Hashem et non des lois de la nature. Par la prière, de nouveaux mérites sont créés, capables de lui ouvrir les portes du salut.

C’est pourquoi le malade lui-même ainsi que ses proches doivent persévérer et multiplier les prières devant Hakadosh Baroukh Hou, afin qu’Il lui accorde Sa délivrance. C’est précisément par cette persévérance qu’il peut mériter la Yéchouat Hashem.

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