
Notre parasha traite de la “para adouma”, cette vache rousse qui était nécessaire pour se purifier de l’impureté contractée au contact d’un mort. Il est écrit :« Une vache rousse parfaite, sans défaut, sur laquelle aucun joug n’a été posé ».
Le ‘Hozé de Lublin explique ce verset de manière allusive : « sans défaut » désigne celui qui se voit lui-même sans défaut et se considère parfait. Pourquoi ? Parce que « aucun joug n’a été posé sur elle » : il ne porte pas le joug de la Torah, et ne perçoit donc pas ses propres manquements.
Cette idée est profonde.
Lorsqu’une personne ne vit pas sous le joug de la Torah, elle ne ressent pas vraiment ses défauts. Puisqu’elle ne s’impose pas d’exigence particulière, elle ne remarque pas ce qui lui manque. En revanche, celui qui vit avec un véritable engagement envers la Torah, qui se sent responsable devant Hachem et soumis à Sa volonté, devient sensible à ses propres imperfections. Chaque erreur devient alors une occasion de progresser et de se rapprocher d’Hachem.
On retrouve cette notion dans les paroles du Rambam. Lorsqu’il décrit la conversion au judaïsme, il écrit qu’un converti doit : « accepter sur lui le joug de la Torah ». Le Rambam ne dit pas simplement qu’il doit accepter de respecter les mitsvot. Il souligne l’idée de joug, c’est-à-dire l’acceptation d’une vie entièrement orientée par la volonté divine.
Être juif ne signifie pas seulement accomplir certaines mitsvot lorsque cela nous arrange. C’est vivre avec la conscience permanente que notre temps, nos choix et nos actions appartiennent à une mission plus élevée.
Cette idée nous concerne tous. Si l’on consacre d’abord son énergie à ses distractions, à ses centres d’intérêt personnels ou à ses occupations secondaires, et que la Torah n’arrive qu’après, lorsqu’il reste du temps, alors il manque quelque chose de fondamental : le sentiment d’être véritablement attaché au joug de la Torah.
C’est aussi le sens de la lecture du Shéma matin et soir. Chaque jour, nous renouvelons notre engagement à vivre sous le joug de la Royauté Divine.
La Torah n’est pas simplement une option parmi d’autres dans notre emploi du temps. Elle constitue l’axe central autour duquel toute notre vie doit s’organiser.