
La Thora nous enseigne dans la parashat Béhar : « Lorsque vous vendrez à votre prochain ou achèterez de la main de votre prochain, ne lésez pas l’un l’autre (…) et vous ne tromperez pas votre prochain, et tu craindras Hashem ».
Ces versets traitant des lois de la tromperie dans les affaires apparaissent au beau milieu de la paracha consacrée à la Shémita et au Yovèl. Immédiatement après, la Torah revient de nouveau aux lois de la Shémita et du Yovèl. Il faut comprendre : pourquoi la Torah a interrompu le sujet de la Shémita pour introduire ici les lois d’onaa — l’interdiction de tromper dans le commerce ?
Notre maître le Rav Moshé Shternboukh nous enseigne que la racine profonde qui pousse l’homme à tromper dans les affaires provienne de l’idée qu’il pourrait “arracher” davantage de réussite matérielle par la ruse ou le mensonge. C’est pourquoi certains cachent les défauts d’un produit, prétendent qu’il s’agit du prix le plus bas du marché, exagèrent la qualité de leur marchandise ou manipulent le client afin de gagner plus d’argent. Ils pensent ainsi pouvoir s’enrichir.
Mais si l’homme vivait avec la conscience profonde que toute la parnassa vient uniquement de la bénédiction d’Hashem – comme il est écrit : « La bénédiction d’Hashem, c’est elle qui enrichit » – il n’aurait jamais besoin de mentir pour réussir. Ce qui lui est destiné lui parviendra honnêtement, et ce qui ne lui est pas destiné ne pourra jamais être obtenu, même par la tromperie. Bien au contraire : lorsqu’il ment ou trompe, il perd lui-même la bénédiction divine qui est la véritable source de sa réussite.
La mitsva de la Shémita repose elle aussi sur ce même fondement : le bita’hon. Un homme qui abandonne son champ pendant une année entière, cesse son travail et laisse sa source de revenus en jachère proclame par cet acte que sa subsistance ne dépend pas uniquement de ses efforts, mais d’Hashem. Il démontre qu’il fait confiance à Hakadosh Baroukh Hou même lorsqu’il renonce, humainement, à son gagne-pain.
On comprend alors que la Shémita et l’interdiction de tromper dans les affaires reposent sur une même base : vivre le commerce avec émouna et confiance en Hashem. C’est pourquoi la Torah a mêlé ces deux sujets. L’interdiction d’onaa vient prolonger l’esprit de la Shémita tout au long de l’année : l’homme doit constamment se rappeler qu’il ne gagnera jamais réellement par le mensonge ou la tromperie, et que seule l’honnêteté accompagnée de la bénédiction divine apporte une véritable réussite.