
La Guémara enseigne que « tout le monde est astreint à la Mitsva du Chofar, mais tous ne savent pas sonner du Chofar. Les Sages ont donc décrété qu’il ne fallait pas sonner lorsque Roch Hachana tombe un Chabbat, de peur que quelqu’un ne prenne le Chofar et n’aille consulter un expert pour apprendre à sonner, et qu’il ne le transporte ainsi quatre coudées dans le domaine public ».
La Guémara explique ainsi pourquoi, lorsque Roch Hachana tombe un Chabbat, nous ne sonnons pas du Chofar. Mais il convient de comprendre : comment pouvons-nous espérer être acquittés lors du jugement cette année-là ? Toute notre défense, tout notre mérite lors du Jour du Jugement repose pourtant sur les sonneries du Chofar !
Le Midrash enseigne en effet : « Jusqu’à la sonnerie du Chofar, Hakadosh Baroukh Hou siège sur le trône du Jugement ; par la sonnerie du Chofar, Il se lève du trône du Jugement et s’assied sur le trône de Miséricorde ».
Sans les sonneries du Chofar, nous nous trouverions donc dans une situation extrêmement périlleuse. La Guémara enseigne d’ailleurs que « toute année au début de laquelle on ne sonne pas du Chofar sera frappée par des malheurs à sa fin ». Le Zohar ajoute que le Chofar vient troubler et désorienter les accusateurs, briser leurs puissances les plus sévères et nous protéger contre l’Ange de la Mort.
Dès lors, une question particulièrement inquiétante se pose : que faisons-nous lorsque Roch Hachana tombe un Chabbat ? Comment pouvons-nous être protégés du trône du Jugement si nous ne sonnons pas du Chofar ?
Tossfot s’est déjà penché sur cette question et explique que l’enseignement de la Guémara ne concerne pas une année où Roch Hachana tombe un Chabbat. Il s’agit plutôt d’une année où l’on n’a pas sonné du Chofar en raison d’un cas de force majeure.
Mais cette explication reste compliquée ! Car Tossfot lui-même écrit que même lorsqu’on n’a pas sonné du Chofar en raison d’un cas de force majeure, l’absence des sonneries représente malgré tout un danger pour Israël.
La simple notion de contrainte indépendante de notre volonté, ne semble donc pas suffire. Après tout, les accusateurs n’ont pas été neutralisés par les sonneries !
On pourrait comparer cela à un malade qui, pour une raison indépendante de sa volonté, ne prend pas son médicament : même s’il était empêché de le prendre, il ne guérira finalement pas, puisque le médicament n’a pas été pris. Alors pourquoi en est-il autrement lorsque Roch Hachana tombe un Chabbat ? Pourquoi, ce jour-là précisément, les accusateurs sont-ils neutralisés sans que nous ayons besoin du Chofar ?
Notre maître le ‘Hatam Sofer s’est déjà penché sur cette question et apporte une réponse fondamentale : le Chabbat lui-même adoucit les rigueurs du Jugement. Il n’est donc pas nécessaire de sonner du Chofar pour faire taire le Satane.
On peut approfondir cette explication à la lumière de l’enseigne du Zohar selon lequel « le Chabbat, il n’y a pas de Din, tout est Ra’hamim ». Le Arizal enseigne lui aussi que, durant le Chabbat, Hakadosh Baroukh Hou siège sur le trône de Miséricorde.
Pourquoi ? Parce que le Chabbat est un avant-goût du Olam Haba. Or, la conduite du Olam Haba est entièrement placée sous le signe de la miséricorde, comme l’enseigne la Guémara dans Pessa’him. Ainsi, le Chabbat, qui est mé’eïn Olam Haba (une sorte d’avant-goût du Monde futur), est lui aussi régi par une conduite de Ra’hamim.
Nous comprenons alors parfaitement comment, lorsque Roch Hachana tombe un Chabbat, nous pouvons être acquittés dans le Din même sans le Chofar. Car ce jour-là, ce n’est pas le Chofar qui fait passer Hakadosh Baroukh Hou du trône du Din au trône de Rahamim : c’est la sainteté même du Chabbat.