Béshala’h 5786 – n°478

Il est dit au moment critique de la traversée de la mer Rouge : « Les Bné Israël levèrent les yeux, et voici que les Égyptiens marchaient derrière eux ; ils eurent très peur, et les Bné Israël crièrent vers Hashem ».
Notre maître Rashi commente : « Ils saisirent l’art – omanout – de leurs ancêtres ».

Il convient de s’interroger : pourquoi la prière est-elle qualifiée d’“omanout”, d’un art ou d’un savoir-faire ? En général, une omanout désigne une compétence qui s’acquiert par un long apprentissage, avec effort et persévérance, jusqu’à devenir expert. Quelle est donc cette sagesse particulière contenue dans la prière ?

En y réfléchissant, on comprend qu’il n’existe pas d’art plus élevé que celui de la prière. Car la prière ne consiste pas simplement à prononcer des mots de la bouche, comme un geste mécanique, ni à réciter des formules pour “s’acquitter” formellement de son obligation. Une telle récitation ne mérite même pas le nom de prière. Comme l’écrit le Yad Hamélekh au début des lois de la prière : celui qui prie sans intention n’accomplit pas une prière, il ne fait qu’émettre des sons dénués de sens, un simple bavardage.

Nos Sages enseignent en effet : « Quelle est la “avoda” du cœur ? C’est la prière ». La prière est donc une avodat halev, un travail intérieur du cœur. Sans intention, sans implication intérieure, il n’y a tout simplement pas de prière.

L’essence même de la prière est que l’homme ressente profondément qu’il se tient réellement devant le Roi des rois, Hakadosh Baroukh Hou. Il se tient devant Lui en suppliant, en ouvrant son cœur, en Lui exposant tous ses besoins, avec la conscience claire que, sans l’aide divine, il se trouve dans une détresse totale, sans aucune autre issue possible. Il doit ressentir que toute son existence dépend uniquement d’Hashem, le Père miséricordieux qui écoute ses prières.

Une telle prière est un véritable art. Elle exige un immense travail sur soi, beaucoup d’efforts et d’entraînement, pour parvenir à une véritable concentration et à une intention sincère. Et cela est d’autant plus difficile pour celui qui a fauté, car les fautes créent des “voiles”, des obstacles spirituels qui perturbent la pensée et empêchent la concentration. Apprendre à prier avec justesse, avec profondeur et avec le cœur, est une véritable discipline spirituelle — une omanout à part entière.

C’est le sens des paroles de nos Sages lorsque Rashi dit que les Bné Israël « saisirent l’art de leurs ancêtres ». Les Patriarches priaient constamment avec cette conscience pure : ils se savaient entièrement dépendants d’Hashem, plongés dans une nécessité absolue de Son secours. Leur prière était donc appelée, par excellence, une “omanout”.

Lorsque les Bné Israël se tinrent devant la mer Rouge dans une angoisse extrême — encerclés de toutes parts, le désert et les bêtes sauvages d’un côté, la mer devant eux et l’armée égyptienne derrière — ils atteignirent, à cet instant, le niveau de prière des Avot. Une prière jaillie du plus profond du cœur, totale, authentique, sans échappatoire possible. C’est cette prière-là qui mérite véritablement le nom d’“art”.

Un enseignement puissant illustre encore cette idée. Un jour, un homme demanda au ‘Hazon Ich comment vérifier si un jeune homme, pressenti comme futur gendre, était réellement animé de la crainte du Ciel. Le ‘Hazon Ich répondit que discerner la véritable yirat shamayim n’était pas chose facile. Mais il lui donna un conseil simple : qu’il se rende à la yéshiva et observe comment ce jeune homme prie. Car dans la prière se révèle la véritable stature spirituelle de l’homme.

Ce principe trouve déjà sa source dans le Midrash, qui rapporte que Rivka vit un jour Yits’hak en prière, les mains étendues vers le Ciel, et déclara immédiatement : « Assurément, c’est un homme d’une grandeur exceptionnelle ».
Ainsi, la manière de prier dévoile la profondeur intérieure de l’homme.

Laisser un commentaire